Le Temps des machines
En présence de
Le cinéma est né à la fin du 19e siècle, à l’instar d’autres machines : automobiles, avions, locomotives, tracteurs... Louis Lumière s'empresse d'enregistrer L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat (1895), tandis que Georges Méliès imagine une fusée et signe Un voyage dans la lune (1902). Depuis 130 ans, le cinéma accompagne le progrès industriel, mécanique et technologique, qu’il s’agisse de comédies, de drames sociaux ou de films d’anticipation. D’emblée, il capture cette fascination pour les machines, mais aussi les bouleversements qu’elles engendrent dans la société.
C’est en revenant aux États-Unis, après une tournée pour accompagner Les Lumières de la ville (1931), que Charlie Chaplin découvre les ravages de la Grande Dépression. Ayant lui-même connu la misère, il s’interroge sur les effets de l’industrialisation : les machines doivent-elles servir l’humanité, ou l’humanité servir les machines ? Les Temps modernes (1936) apporte sa réponse, mêlant humour et tendresse. Chaplin y dépeint l’enfer de l’usine, où Charlot, rouage poétique et burlesque, se révèle bien incapable de suivre la cadence. De son côté, Jean Grémillon célèbre, au contraire, l’émancipation par la technologie dans Le Ciel est à vous (1944) à travers l’histoire d’une femme qui se bat pour devenir pilote.
L’usine dans Norma Rae (1979) est le poumon économique d’une petite ville du Sud des États-Unis. Les hommes et les femmes y travaillent de génération en génération, si bien que personne n’ose questionner des conditions de travail pour le moins précaires et dangereuses. L’alliance d’un délégué syndical venu de New York et d’une jeune ouvrière déterminée va permettre la création d’un syndicat, première pierre pour rétablir un équilibre entre la direction et les employé·es. We Want Sex Equality (2010), inspiré de faits réels, prolonge cette réflexion en racontant la grève des ouvrières de l’usine Ford de Dagenham en 1968, un combat pour l’égalité salariale.
À ces récits profondément humains répond Notre pain quotidien (2005), l’envers sidérant de notre surconsommation. Dans ce documentaire expérimental, pas de burlesque, ni de beaux combats : seulement des animaux et des hommes jetés dans l’enfer de l’industrie agroalimentaire moderne. Une série de tableaux souvent effrayants, où les machines, précises, mécaniques, disposent des corps et des espaces. Cutterhead (2021) de Rasmus Kloster Bro, connu en France sous le titre Exit, explore une autre dimension de l’aliénation moderne à travers une histoire de survie dans un sas de décompression, un survival danois très intense.
Quand le cinéma de science-fiction ou fantastique s’empare de ce thème, il en fait des séquences inoubliables, que l’on pense à Hal, l’intelligence artificielle qui accompagne les astronautes de Discovery One et les met en difficulté (2001 : l’odyssée de l’espace, 1968), ou au Terminator (1984), envoyé du futur pour assassiner Sarah Connor, dont l’enfant déclenchera une révolte contre les machines. Christine (1983) de John Carpenter explore une autre facette de cette peur : celle d’une voiture possédée, symbole d’une technologie devenue incontrôlable. Fascinantes et inquiétantes, ces machines peuvent aussi prendre une tournure plus sentimentale et intime, comme dans deux films européens contemporains : Eva (2011), premier long métrage du cinéaste espagnol Kike Maíllo, et la comédie allemande I’m Your Man (Je suis ton homme) (2021) de Maria Schrader (réalisatrice de la mini-série Unorthodox et de She Said sur l’affaire Weinstein). L’incapacité des personnages à savoir si leur relation avec ces machines est réelle crée un trouble existentiel.
Ready Player One (2018) plonge quant à lui dans un univers virtuel où les machines redéfinissent les limites de la réalité et de l’identité, offrant une vision à la fois ludique et critique de notre dépendance technologique.
La machine fonctionne comme un miroir vertigineux de notre devenir : jusqu’où cette alliance entre l’homme et la machine va-t-elle nous mener en tant qu’espèce ? À l’ère de l’essor des IA, la machine prouve, une fois de plus, qu’elle est pour l’humanité son meilleur ennemi. Et si la vraie question n’était pas ce que les machines peuvent faire, mais ce qu’elles font de nous ? Depuis que l’homme a imaginé et conçu ces machines, il n’a cessé de s’y mesurer. Tantôt servante docile, tantôt créature rebelle, tantôt compagne envahissante, la machine dit quelque chose de nous : de nos peurs, de nos désirs, de nos rêves de puissance et de nos angoisses de disparition.
Cette programmation thématique pour la 39e édition de Premiers Plans offre une riche diversité pour représenter et penser notre rapport au progrès et à ces outils.
Programmation en cours
Longs métrages
Courts métrages - Rêves de machines
En partenariat avec Benshi
Un programme de courts métrages à voir en famille, conseillé à partir de 5 ans, accompagné d'un débat philo à hauteur d'enfants, animé par Margot Grenier
À travers ce programme de trois courts métrages, Benshi vous invite à découvrir des machines extraordinaires : une mécanique souterraine qui orchestre l’alternance du jour et de la nuit, une invention permettant de vivre sous la mer et un piano à bruit qui ouvre de nouvelles façons de communiquer. Ces machines sont, chacune à leur manière, profondément poétiques. Elles rendent possible ce qui semblait jusque-là impossible et transforment notre regard sur le monde. Découvrez trois jolis récits où la machine, loin de remplacer l’humain, lui apporte douceur et fantaisie.
Les bonnes raisons de découvrir le programme :
- Découvrir des machines extraordinaires
- Les histoires originales très poétiques
- La qualité de l’animation des courts métrages













