Le Ciel est à vous
Jean Grémillon

© 1944 TF1 Droits Audiovisuels
Pierre et Thérèse Gauthier sont expropriés de leur garage à Villeneuve au profit d’un terrain d’aviation civile. Une fois installés en ville, les affaires de Pierre tournent bien, mais rappelé par sa passion pour les airs, il délaisse peu à peu travail et famille. D’abord furieuse, Thérèse se laisse à son tour gagner par l’enthousiasme de son mari. Dévorés par cette passion commune, ils achètent un avion que Thérèse pilote avec brio. Avec le soutien de Pierre, elle en vient même à songer à battre le record de distance établi par Lucienne Ivry. Thérèse s’envole, traverse la Méditerranée, mais disparaît bientôt sans laisser signe de vie.
Interprétation : Madeleine Renaud, Charles Vanel, Jean Debucourt, Raymonde Vernay, Léonce Corne, Raoul Marco, Albert Rémy
Scénario : Albert Valentin, Charles Spaak
Image : Louis Page
Montage : Louisette Hautecoeur
Musique : Roland Manuel
Scénario : Albert Valentin, Charles Spaak
Image : Louis Page
Montage : Louisette Hautecoeur
Musique : Roland Manuel
Production : Les Films Raoul Ploqui
Distribution : Les Acacias
Distribution : Les Acacias
« Qu’est-ce qu’une passion? À partir de quand devient-elle dévorante ? Se vit-elle nécessairement au détriment de sa vie personnelle ? Des interrogations posées dans Le Ciel est à vous, quatorzième film de Jean Grémillon, où il est question de la passion donc, pour l’aviation. Cet amour du vol est celui de Thérèse (Madeleine Renaud) et Pierre Gauthier (Charles Vanel), modestes garagistes dans la bourgade imaginaire de Villeneuve. De prime abord, l’image d’Épinal est totale : le couple Gauthier est amoureux, travailleur et préoccupé par le bien-être de ses enfants. Mais cet équilibre apparent est bientôt mis en péril par leurs acrobaties aériennes. Plus la passion grandira, plus le couple perdra pied avec le quotidien, dépensant toujours plus et grignotant sur le patrimoine de leurs enfants. (…) Car il est toujours question d’amour dans ce film, et Thérèse ne battrait pas tous ses records sans le soutien de son mari. Derrière chaque grande femme se cache un homme ? Une inversion des rôles rare et d’autant plus appréciable, tandis que le conseil municipal de Villeneuve nous rappelle à la triste réalité de l’époque, cette vieille France pétainiste qui relègue la femme au rang de mobilier. Position insupportable condamnée par Grémillon, porte-parole des femmes et de leurs rêves les plus fous. Ces rêves, ce sont aussi ceux des personnes modestes pour qui le chemin sera encore plus long, ne possédant pas le capital économique ou les codes réservés à la bourgeoisie. À l’aérodrome de Marseille, l’aviatrice Lucienne Ivry est célébrée par le comité quand le couple Gauthier les observe derrière une vitre, scène révélatrice de ce plafond de verre. Et pourquoi le ciel ne serait pas à eux aussi ? » (Esther Brejon ; Revus & Corrigés n°12)