| Ass. réalisation : |
Claude Sautet |
| Scénario : |
Jean Redon, d'après son roman (Editions
Fleuve Noir) |
| Adaptation : |
Boileau et Narcejac, Jean Redon, Claude Sautet
et Georges Franju |
| Dialogues : |
Pierre Gascar |
| Image : |
Eugen Shuftan |
| Décor : |
Auguste Capelier |
| Montage : |
Gilbert Natot |
| Musique : |
Maurice Jarre |
| Effets spéciaux : |
Henri Assola |
| Interprétation : |
Docteur Genessier : Pierre Brasseur - Louise
: Alida Valli - Christiane Genessier : Édith Scob - Jacques : François
Guérin - Les inspecteurs de police : Alexandre Rignault, Claude Brasseur
- Edna Gruberg : Juliette Mayniel - Tessot : René Génin -
Paulette : Béatrice Altariba - Le médecin légiste :
Michel Etchevéry - Les hommes dans le cimetière : Marcel Pérès,
Charles Blavette - L'employé de la fourrière : Charles Blavette
- La mère du petit malade : Yvette Etiévant - La copine d'Edma
: Birgitta Juslin |
| Production : |
Jules Borkon de Champs-Elysées Productions
(Paris), Lux-Film (Rome) |
| Distribution : |
Connaissance du cinéma
sortie France : 1960 |
| Synopsis : |
Grâce à une substitution de cadavre,
le docteur Genessier, chirurgien de grand renom, laisse croire à
la mort de sa fille Christiane, défigurée à la suite
d'un accident de voiture dont il fut involontairement responsable. Fou d'amour
pour elle, il est prêt à tout entreprendre pour lui redonner
un visage et la débarrasser du masque qui pour l'instant ne la quitte
plus. Il charge son assistante, une étrangère prénommée
Louise, d'attirer des jeunes filles dans sa propriété de la
banlieue parisienne. Un laboratoire secret y est installé où
le médecin conduit des expériences d'hétérogreffe,
un procédé de son invention. Il s'agit de découper
le derme des victimes pour le greffer sur le visage détruit de Christiane.
L'opération, qui a déjà raté une première
fois, est répétée sur une étudiante suisse,
Edna, qui se suicide lorsqu'elle découvre l'horrible mutation qu'elle
a subie. Genessier, qui croit d'abord à un succès, doit bientôt
reconnaître son échec. Mais un nouvel espoir lui est offert
en la personne de Paulette, que la police, enquêtant sur la disparition
de plusieurs jeunes filles, a pris le risque d'introduire dans sa clinique.
Paulette est déjà ligotée sur la table du laboratoire
lorsque Christiane, bouleversée par tant d'atrocités commises
en son nom, décide de la libérer, puis tue Louise, avant de
lâcher d'énormes chiens, cobayes de Genessier, qui bientôt
se jettent sur lui et le dévorent. Portant toujours son masque, Christiane
s'éloigne dans la nuit, une nuée de colombes autour d'elle. |
| A propos du film : |
La figure du scientifique et la science
en général, la souffrance des corps et les sentiments de peur
ou d'horreur qu'elle suscite, sont les thèmes qui habitaient déjà
le documentariste Franju et qu'il ne cessera de réinterroger dans
ses fictions. Où commence la terreur et où finit- elle ? Comment
revoir aujourd'hui Les Yeux sans visage,
après quarante années de surenchère dans la violence
et la peur au cinéma ? Un film comme The
Blair Witch Project (D. Myrick et E. Sanchez, 1999)
offre peut- être une réponse par l'économie des moyens
dans la représentation des événements et par les basculements
du réalisme dans le fantastique. Frontière également
mal définie pour Franju à laquelle il répondait par
" l'insolite ". Ainsi, le thème du scalpe traité
frontalement dans Le Sang des bêtes
témoigne-t-il, dans son deuxième long métrage, d'un
sens de la mise en scène des images d'une remarquable inventivité.
Mais cette ambiguïté, entre réalisme et fantastique,
a fait de Franju un cinéaste qui, bien que contemporain du cinéma
moderne, a eu du mal a trouvé sa place dans le cinéma tel
qu'il s'est organisé artistiquement et économiquement.
Ce film s'inscrit pourtant dans la tradition cinématographique et
surtout littéraire du " noir " ou du " gothique "
comme on disait au XVIII e siècle de certains romans (H. Walpole,
M. G. Lewis, Ch. Maturin puis M. Shelley) d'un point de vue thématique
et esthétique. On entend ici le terme " gothique ", non
pas dans le sens habituel donné à l'architecture médiévale,
mais au sens de sombre, dévastateur, barbare. En effet, les thèmes
de peur, d'agression sadique, de mystère et de mort parcourent ces
récits, où une " inquiétante étrangeté
" révèle au plus près les désirs de l'homme
(ici Genessier défiant les Dieux en voulant façonner un visage
pour sa fille). Gothique aussi la facture qu'Eugen Shuftan, grand maître
de la lumière du cinéma expressionniste allemand et du réalisme
poétique français des années 30, donne à ce
thème par le travail tout en relief et en profondeur des noirs (les
scènes de nuit, du cimetière, l'imperméable de Louise)
par opposition à l'étrangeté et l'opacité des
blancs (le traitement de la chemise de nuit et surtout du masque de Christiane
qui tantôt se fond, tantôt découpe le contour du visage
et des yeux).
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Source Dossier Les
Yeux sans visage BIFI
Auteur du dossier : Emmanuel Burdeau |