Coordination régionale des Pays de la Loire - Association Premiers Plans
Programme régional Lycéens au cinéma - année 2002 / 2003
Les Yeux sans visage
de Georges Franju

France, Italie / 1959 / 1h28 / N&B

Ass. réalisation : Claude Sautet
Scénario : Jean Redon, d'après son roman (Editions Fleuve Noir)
Adaptation : Boileau et Narcejac, Jean Redon, Claude Sautet et Georges Franju
Dialogues : Pierre Gascar
Image : Eugen Shuftan
Décor : Auguste Capelier
Montage : Gilbert Natot
Musique : Maurice Jarre
Effets spéciaux : Henri Assola
Interprétation : Docteur Genessier : Pierre Brasseur - Louise : Alida Valli - Christiane Genessier : Édith Scob - Jacques : François Guérin - Les inspecteurs de police : Alexandre Rignault, Claude Brasseur - Edna Gruberg : Juliette Mayniel - Tessot : René Génin - Paulette : Béatrice Altariba - Le médecin légiste : Michel Etchevéry - Les hommes dans le cimetière : Marcel Pérès, Charles Blavette - L'employé de la fourrière : Charles Blavette - La mère du petit malade : Yvette Etiévant - La copine d'Edma : Birgitta Juslin
Production : Jules Borkon de Champs-Elysées Productions (Paris), Lux-Film (Rome)
Distribution : Connaissance du cinéma
sortie France : 1960
Synopsis : Grâce à une substitution de cadavre, le docteur Genessier, chirurgien de grand renom, laisse croire à la mort de sa fille Christiane, défigurée à la suite d'un accident de voiture dont il fut involontairement responsable. Fou d'amour pour elle, il est prêt à tout entreprendre pour lui redonner un visage et la débarrasser du masque qui pour l'instant ne la quitte plus. Il charge son assistante, une étrangère prénommée Louise, d'attirer des jeunes filles dans sa propriété de la banlieue parisienne. Un laboratoire secret y est installé où le médecin conduit des expériences d'hétérogreffe, un procédé de son invention. Il s'agit de découper le derme des victimes pour le greffer sur le visage détruit de Christiane. L'opération, qui a déjà raté une première fois, est répétée sur une étudiante suisse, Edna, qui se suicide lorsqu'elle découvre l'horrible mutation qu'elle a subie. Genessier, qui croit d'abord à un succès, doit bientôt reconnaître son échec. Mais un nouvel espoir lui est offert en la personne de Paulette, que la police, enquêtant sur la disparition de plusieurs jeunes filles, a pris le risque d'introduire dans sa clinique. Paulette est déjà ligotée sur la table du laboratoire lorsque Christiane, bouleversée par tant d'atrocités commises en son nom, décide de la libérer, puis tue Louise, avant de lâcher d'énormes chiens, cobayes de Genessier, qui bientôt se jettent sur lui et le dévorent. Portant toujours son masque, Christiane s'éloigne dans la nuit, une nuée de colombes autour d'elle.
A propos du film : La figure du scientifique et la science en général, la souffrance des corps et les sentiments de peur ou d'horreur qu'elle suscite, sont les thèmes qui habitaient déjà le documentariste Franju et qu'il ne cessera de réinterroger dans ses fictions. Où commence la terreur et où finit- elle ? Comment revoir aujourd'hui Les Yeux sans visage, après quarante années de surenchère dans la violence et la peur au cinéma ? Un film comme The Blair Witch Project (D. Myrick et E. Sanchez, 1999) offre peut- être une réponse par l'économie des moyens dans la représentation des événements et par les basculements du réalisme dans le fantastique. Frontière également mal définie pour Franju à laquelle il répondait par " l'insolite ". Ainsi, le thème du scalpe traité frontalement dans Le Sang des bêtes témoigne-t-il, dans son deuxième long métrage, d'un sens de la mise en scène des images d'une remarquable inventivité. Mais cette ambiguïté, entre réalisme et fantastique, a fait de Franju un cinéaste qui, bien que contemporain du cinéma moderne, a eu du mal a trouvé sa place dans le cinéma tel qu'il s'est organisé artistiquement et économiquement.
Ce film s'inscrit pourtant dans la tradition cinématographique et surtout littéraire du " noir " ou du " gothique " comme on disait au XVIII e siècle de certains romans (H. Walpole, M. G. Lewis, Ch. Maturin puis M. Shelley) d'un point de vue thématique et esthétique. On entend ici le terme " gothique ", non pas dans le sens habituel donné à l'architecture médiévale, mais au sens de sombre, dévastateur, barbare. En effet, les thèmes de peur, d'agression sadique, de mystère et de mort parcourent ces récits, où une " inquiétante étrangeté " révèle au plus près les désirs de l'homme (ici Genessier défiant les Dieux en voulant façonner un visage pour sa fille). Gothique aussi la facture qu'Eugen Shuftan, grand maître de la lumière du cinéma expressionniste allemand et du réalisme poétique français des années 30, donne à ce thème par le travail tout en relief et en profondeur des noirs (les scènes de nuit, du cimetière, l'imperméable de Louise) par opposition à l'étrangeté et l'opacité des blancs (le traitement de la chemise de nuit et surtout du masque de Christiane qui tantôt se fond, tantôt découpe le contour du visage et des yeux).
Connexion Source Dossier Les Yeux sans visage BIFI

Auteur du dossier : Emmanuel Burdeau