Coordination régionale des Pays de la Loire association Premiers Plans
Programme régional Lycéens au cinéma - année 2004 / 2005
L'homme sans passé
de Aki Kaurismaki

2002 / 1h37
Cannes 2002 :
Sélection officielle, en compétition. Grand Prix du Jury, Prix d'Interprétation Féminine pour Kati Outinen. Prix Oecuménique.
Scénario : Aki Kaurismäki
Directeur de la photographie : Timo Salminen
Interprétation :

L'homme sans passé : Markku Peltola / Irma : Kati Outinen / Nieminen : Juhani Niemelä / Kaisa : Kaija Pakarinen / Anttila : Sakari Kuosmanen / Le voleur de banque : Esko Nikkari / L'employée de banque : Outi Mäenpää / Le chef de Police : Pertti Sveholm / Femme de l'homme sans passé : Aino Seppo

Production : Sputnik Oy
Distribution : Pyramide Films
Synopsis :

Un homme sans nom arrive en ville et se fait tabasser à mort à la première occasion. C'est le début de ce grand drame épique : film, ou devrais-je dire rêve, où des cœurs solitaires aux poches vides errent sous la voûte céleste de Notre-Seigneur… ou devrais-je dire, la voûte céleste des oiseaux. Aki Kaurismäki

A propos du film :

L ’univers d’Aki Kaurismäki est l'un des plus caractéristiques du cinéma contemporain; sa spécificité est de nous montrer un pays qu'on appelle Finlande, situé aux confins de l'Europe, et dont les habitants sont présentés dans un exode ininterrompu qui les mène de la campagne à la ville, ceci débouchant sur la peinture d'une sorte de no man's land de l'Europe où se donne le spectacle grotesque de la bureaucratie moderne : spectacle qui est notre tragédie commune, et que nul créateur n'a sans doute mis en lumière avec un humour plus jubilatoire que Kaurismäki. Nous sommes donc bien en présence d'une tragédie optimiste, comme d'un réalisateur de films d'auteur qui n'a de cesse de tenir compte de certaines choses, simples en soi, mais dont la perception est pourtant devenue d'une rareté stupéfiante : l'amour du prochain, la solidarité, la conscience aussi du fait que ce n'est pas parce que quelqu'un est économiquement modeste qu'il est nécessairement de ce fait un abruti, et par là, que tout être est revêtu d'une dignité qui lui est propre. Kaurismäki a su montrer comment un sous-pays, pays réel en voie de paupérisation, a pu prendre racine au sein d'un état prospère, mettant pour ce faire en scène la réalité telle qu'elle est, sans concessions, et par conséquent non pas telle que présentée par les médias.

Les films d'Aki Kaurismäki peuvent grosso modo être divisés en trois ou quatre genres ; d'une part, les films «classiques», qui culminent avec Hamlet goes business et La vie de bohême, et qui se caractérisent par la réouverture d'un dialogue avec des personnages du passé toujours vivants : Shakespeare et Henri Murger. Figurent en second lieu les «road movies» comiques, parmi lesquels il faut citer Leningrad cowboys go America, devenu un film culte dans de nombreux pays, ainsi que Tiens ton foulard, Tatiana, film dont le point de départ a été l'idée de génie de montrer le week-end d'un ouvrier finlandais dans un contexte tout à la fois imaginaire («les années 60») que dans le cadre d'un monde bien réel alternant avec une Finlande onirique partagée entre Est et Ouest.

Puis viennent un certain nombre de films hors normes qui comptent parmi les derniers témoignages sensibles et introspectifs sur la vie et l'identité de la classe ouvrière, registre qui n'est que peu abordé par le cinéma international contemporain : la disparition de ce type de films s'est accompagnée de la montée en puissance de films de prestige dépourvus d'âme et de productions divertissantes pouvant s'apparenter à de la bouillie pour chat, tout se passant comme si les gens ordinaires n'existaient plus. Dans ce contexte d'un cinéma et d'une télévision européenne sans personnalité, la «trilogie ouvrière» d'Aki Kaurismäki (Shadows in paradise, Ariel, La fille aux allumettes) fit figure de cadeau du ciel. Puis fut tourné Au loin s'en vont les nuages (1996), film dont la vérité poétique évocatrice de l'essentiel a touché le public de l'ensemble des pays européens. «Je n'oserais pas me regarder dans une glace si je ne faisais pas aujourd'hui un film sur le chômage», expliquait Aki Kaurismäki pour justifier son choix du thème d'Au loin s'en vont les nuages ; or, à présent que sort sur les écrans L'homme sans passé, la nouvelle oeuvre de Kaurismäki, il n'est pas inopportun d'observer qu'Au loin s'en vont les nuages marquait le commencement d'une nouvelle trilogie.
Peter von Bagh